30/10/2014

San Giacomo dall'Orio dans le quartier de Santa Croce à Venise

Watercolor 7,1X9,8”, Aquarelle 18X25cm

" Stelio se taisait. Le vent paraissait faiblir. Les souilles intermittents arrachaient les feuilles des acacias, sur le Campo de San-Giacomo, et les faisaient tournoyer. L’église brune et le campanile quadrangulaire, en brique nue, priaient silencieusement vers les étoiles.
— Connais-tu la colonne verte qui est à San-Giacomo dall’Orio ? — reprit Daniele, afin de retenir son ami quelques minutes encore, parce qu’il appréhendait l’adieu. — Quelle matière sublime ! On dirait la condensation fossile d’une immense forêt verdoyante. A suivre ses veines innombrables, l’œil voyage en rêve à travers le mystère sylvestre. Quand je la regarde, il me semble que je visite la Sila, l’Hercynia.
Stelio connaissait la colonne. Un jour, Perdita s’était longuement appuyée au grand fût précieux pour contempler la magique frise d’or qui se courbe sur la toile du Bassan et qui l’obscurcit.
— Rêver, rêver toujours ! — soupira-t-il, dans un retour de cette amère impatience qui, sur le bateau en parlant de Lido, lui avait suggéré de railleuses paroles. — Vivre de reliques ! Mais pense donc à ce Dandolo qui abattit du même coup cette colonne et un empire, et qui voulut rester doge alors qu’il pouvait devenir empereur. Il vécut plus que toi, je suppose : toi qui erres dans les forêts lorsque tu contemples le marbre qu’il a pillé. Adieu, Daniele."

L'Hercynia=une forêt mythique du Nord de l'Europe
La toile du Bassan=selon moi l'adoration des bergers de Bassano, au fond en bas sur l'image



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