20/03/2010

Ligne d'horizon et points de fuite

Puisque vous me faites l'amitié de parcourir ces pages, je vous livre aujourd'hui pieds et poings liés quelques règles simples de perspective que je me suis fixées au fil de mes croquis, errements et autres aberrations graphiques.

Trois=deux
L'objectif, d'abord comme il se doit. On s'en doute, on cherche à reproduire en deux dimensions ce que l'on voit, autrement dit à transposer des lignes et des directions réelles en traits sur le papier, mais qu'est-ce que le réel là je t'arrête tout de suite, ce n'est pas le sujet ou alors on y passe le réveillon.
On applique des règles différentes pour les horizontales, les verticales et les obliques mais on garde un principe de base qui est que des lignes parallèles entre elles dans la réalité convergent toujours vers un seul point de fuite. En revanche il est évident qu'il y a souvent plusieurs directions dans le sujet à représenter et donc plusieurs points de fuite. La technique est donc de repérer les différents points de fuite relatifs à chacune des directions présentes dans le sujet, on est d'accord ?

Peintres et maçons, même combat
Pour cela la première étape est de rechercher la ligne d'horizon. On peut s'étonner du rôle particulier que joue cette ligne imaginaire dans le raisonnement. En fait cela résulte de notre lamentable destin de bipède, car comme le dit Jean Lasalle qui dit bipède dit vertical sinon c'est dangereux. La ligne d'horizon correspond donc à notre expérience quotidienne qui est de regarder droit devant. J'en vois déjà qui critiquent et divaguent. Si on met de côté la moitié de notre vie que l'on passe à dormir sans se préoccuper de perspective, le reste du temps on est devant la télévision (plus de trois heures normalement), l'ordinateur, en voiture ou en vélo bref on regarde droit devant. Certes il y en a qui font la cuisine, passent l'aspirateur, lisent le journal (pas beaucoup), font de la peinture, ces excentriques baissent le regard ainsi que les promeneurs qui contournent les déjections canines. Et d'autres font tournoyer leur cerf volant ou regardent bêtement les nuages pour y découvrir des poissons, des chiens ou des personnages mythologiques mais là il n'y a plus rien à faire. Au bout du compte le maçon le sait bien, il y une infinité de façons de suivre une horizontale avec un niveau suivant le plan, mais il y a une seule façon de monter des moellons avec un fil à plomb. 

Tracer l'horizon virtuel
Revenons à nos moutons. Cela paraît idiot de rechercher la ligne d'horizon, il suffit de regarder devant soi, non ? Je me permets de vous rappeler qu'à moins d'être en bord de mer, il y en a qui ont cette chance, ou dans une plaine, idem après tout, on ne voit la pas. Pour les autres, toi, moi, nous autres qui passons par là, la limite inférieure du ciel est souvent le haut d'une maison, d'une colline ou d'une affiche publicitaire. Pour ce type de paysage bien situer la ligne d'horizon en dessous du bas du ciel visible sinon ça risque de ne pas le faire.
Concrètement, sur une photo on positionne deux règles sur deux lignes horizontales fuyantes. Leur point d'intersection se trouve sur la ligne d'horizon, on trace ensuite la ligne d'horizon elle même qui est la droite horizontale passant par ce point, ouf !
La ligne d'horizon est l'horizontale
passant par le point d'intersection
de deux horizontales réelles parallèles


A la poursuite des points de fuite
Après c'est un jeu d'enfant. Une horizontale perpendiculaire à l'axe de vision de l'observateur est horizontale sur le papier. Deux horizontales parallèles dans la réalité et fuyantes par rapport à l'observateur convergent vers un point de la ligne d'horizon. Il y a potentiellement une infinité de points de fuite pour les directions horizontales, mais toutes sont sur la ligne d'horizon, c'est bien commode, dans certains cas en dehors du cadre, là c'est moins sympa.

La rue tourne, les différentes orientations des façades
donnent une série de points de fuite
toujours situés sur la ligne d'horizon


Passons aux verticales réelles : il faut regarder où est la ligne d'horizon dans le cadre. Si elle est au milieu du cadre, les verticales réelles sont représentées par des verticales sur le papier, trop fastoche. Si la ligne d'horizon est en bas, les verticales réelles convergent en haut, dans le cas contraire elles forment un V, mais toujours elles se rencontrent en un point situé sur la médiatrice du cadre (la ligne verticale qui passe au milieu).
La ligne d'horizon est en bas du cadre,
les verticales réelles convergent au haut,
leur point de fuite est située sur la médiatrice du cadre

Je termine avec les obliques réelles et je vous laisse travailler, je pense au hasard aux deux côtés d'un escalier : des obliques réelles parallèles convergent vers un point de fuite qui peut se situer n'importe où mais que l'on trouvera facilement en utilisant deux règles cf supra. Le point de fuite est au dessus de la ligne d'horizon si ça monte, en dessous si ça descend. Un cas particulier d'ailleurs généralisable qui se rencontre pour les escaliers : les rampes d'escaliers convergent vers un point de fuite qui est sur la même verticale que le point de fuite des limites latérales du plat des marches. Marrant, non ?
Point de fuite des escaliers montants : au dessus de l'horizon. 




Les droites vertes et rouges  s'inscrivent dans des plans verticaux parallèles :
leurs points de fuite sont sur la même verticale

Dubitatif ? Retournez donc la photo ci-dessus d'un quart de tour et imaginez que la rue a basculé : vous n'aurez aucun mal à reconstruire une ligne d'horizon fictive et à y faire converger toutes les horizontales de cette réalité tordue ! 

PS rédigé en novembre 2011 : Plus d'un an après sa rédaction, cet article est l'un des plus fréquentés de ce blog par des lecteurs qui le plus souvent repartent ensuite silencieusement dans les méandres d'internet. Si cette petite explication vous a été utile, merci de le faire savoir, un message même lapidaire ci-après serait le bienvenu. Quoiqu'il en soit puisque ce sujet manifestement vous intéresse, bonne chance pour vos expériences de dessin en perspective, je serais ravi d'échanger sur vos travaux. 

20 commentaires:

Olivia a dit…

Voilà une explication de la perspective, claire et poétique en plus, merci, Yves.

albert gallego a dit…

Merci par cette explication de la géométrie descriptive tellement littéraire. J'essairai d'y appliquer toute cette argumentation chaque fois que je chercherai un point de fuite!

Yves a dit…

Bonjour Olivia et merci. Albert nous percevons la perspective de manière intuitive mais notre inspiration peut être trompeuse. Lorsqu'on la met à l'épreuve de manière intensive comme j'ai eu l'occasion de le faire, on se rend compte que certaines notions ne le sont pas tant que cela et que l'on peut commettre de grosses erreurs si l'on n'a pas suffisamment de rigueur.

Manel a dit…

Je te remercie aussi de tes explications. Je travaille peu la perspective, et c'est une erreur que je devrais corriger.
Merci, Yves.

Gi a dit…

çà c'est sympa comme cours ! J'avoue que j'ai énormément de progrès à faire...
Une question : je ne comprends pas (dans ta dernière démonstration) pourquoi les points de fuite de rampe et escaliers sont sur une ligne verticale...
suis-je bête ?

Gi a dit…

J'ai imprimé pour moi ta démonstration pour la mettre dans mes archives actives...
Merci... c'est tellement clair avec tes photos à l'appui que çà donne vraiment envie de progresser.

Yves a dit…

Merci Manel et Gi, si tout cela peut servir c'est tant mieux. Gi pour ta question je vais voir si je peux rectifier ma formulation mais l'idée c'est qu'on n'a aucun mal à admettre que les groupes d'horizontales convergent vers un point de la ligne d'horizon, c'est pareil pour des groupes de lignes parallèles appartenant au même plan vertical, leurs points de fuite sont de la même façon alignés sur la verticale correspondante.

Gi a dit…

J'ai bien lu... et retourné !
Merci encore.

Anonyme a dit…

Excellent ton travail, à partir aujourd'hui je visiterai ton blog. Francisco.

Yves a dit…

Merci Francisco pour cette manifestation d'intérêt et bienvenue, tu passes quand tu veux !

Vi' a dit…

Haha.. Je n'y comprends rien.. Je crois que je vais continuer avec mes pastels conceptuelles xD

Marie Agnès M a dit…

Bonjour. Je découvre par hasard votre site cherchant à m'informer sur les perspectives car elles me donnent beaucoup de soucis !...Merci pour vos explications; cela me semble plus clair à l'aide de trois lignes que vous dessinez. Je vais essayer de mettre en pratique. Merci encore !

Yves a dit…

Merci à vous Marie Agnès, la perspective est une technique assez facile à appréhender pour peu que l'on prenne conscience des quelques règles somme toute très simples à respecter. Et d'expérience je peux dire que c'est très rentable, le spectateur étant toujours très sensible à l'effort que l'on a fait pour la restituer... A votre disposition si vous avez des hésitations !

maevina a dit…

je crois avoir enfin compris !! le problème c'est que je n'arrive jamais a arrêter ces points de fuite !!! non je rigole, merci beaucoup !

Yves a dit…

Merci pour votre visite et pour votre commentaire Maevina !

fred a dit…

Merci, je vais m'entraîner, incliner mon crayon, viser, chercher l'angle et la pente... reste à appliquer... hop, c'est parti

françoise Langlaude a dit…

C'est bien la première fois, après de nombreuses lectures que je trouve une explication claire à donner aux autres, car respecter les lois de la perspective en dessin, voila bien longtemps que je l'ai appris et le fais, mais l'expliquer c'est autre chose.Je donnerai l'adresse de votre site, merci.

Yves a dit…

Merci pour votre intérêt Fred et Francoise !

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour cet article très bien fait et agréable à lire !

Anonyme a dit…

C'est la première fois que je lis une explication aussi claire pour repérer les lignes de fuite et la ligne d'horizon dans un décor.
Mille mercis!
Geneviève